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Retrouver la douceur de l'ennui

Je suis venue ici pour m’ennuyer, pour retrouver la douceur, la beauté de l’ennui. Pour le voir avec des yeux nouveaux. Pour sentir la nature, l’écouter, apprendre à reconnaître les mouvements du vent, du ciel quand les matins sont frais, son évolution dans la journée.


Je ne sais pas si ces après-midis en haut de cet escalier ont forgé mon sentiment vis-à-vis du temps, mais depuis j’ai toujours aimé en avoir. J’aime parfois m’asseoir et ne rien faire, car c’est une occasion unique d’observer les nuages, d’observer ses pensées.


De sentir ce qui est en train de se jouer, comme ce ciel éthéré et volant semblable à ceux de Turner. Cette après-midi ne cesse de se chercher, dans la douceur du ciel, entre gros nuages et ciel dévoilé. Il pleut derrière les sommets. La nature nous offre ses plus beaux atours, comme pour nous remercier de la contempler. Un arc-en-ciel s’est dessiné.


Sur cette terre boisée, verte et généreuse, les tondeuses chantent le dimanche, berceuses réconfortantes, signes d’une terre vivante qu’on chérit. J’aime ce son, celui d'un monde à part, d'un huit clos fantastiquement ordinaire. Un son qui augure des soirées qui ont le goût des infusions d’eucalyptus sucrées au miel de la forêt.



Je ne cesse de m’aventurer dehors malgré la pluie. J’aime aller marcher dans des endroits que je ne connais pas encore. C’est selon moi, la plus belle façon de cartographier les environs. J’aime m’avancer sur un chemin, me perdre, faire demi-tour, puis me retrouver.


Dans les champs il y a des chevaux et des tracteurs, et partout cette odeur de fumier, d’animaux. Cette odeur de terre.



J’ai toujours voulu vivre loin de l’agitation et près des sommets, au grand air, m’endormir tôt après avoir observé la nature toute la journée. J’ai rêvé de cet endroit où l’on connait la valeur des savoirs et savoir-faire, et l’importance de les transmettre. Où l’on sait la valeur de l’eau, celle des arbres, des légendes et des traditions, bien avant qu’ils ne disparaissent. C’est un rêve qui n’a cessé de s’inviter dans ma réalité, de s’immiscer dans mes pensées durant ces dernières années sur la route.


Et quand ça a été le moment, cette maison s’est présentée à moi. Une petite maison simple, faite pour être habitée, pour rester là, à l’abri au pied des sommets, derrière ces murs épais qui isolent du bruit, de l’extérieur, de la chaleur, de tout sauf de la lumière. C’est un endroit pour se retirer, un refuge, et j’ai toujours voulu vivre dans un refuge. Un toit sous lequel s’abriter avec avoir vagabondé longtemps, trempée. Un endroit pour réchauffer le cœur, le corps et l’esprit.


On y arrive par un chemin qui quitte la route et se resserre, celle qui file à travers les champs verts, en avançant prudemment, pour éviter les poules, les enfants et le Border Collie qui vous poursuit en aboyant.


Les maisons sont comme les hommes, les premières impressions laissent une trace indélébile. Dès le premier jour, j’ai senti que quelque chose se soulevait et reprenait, et s’élevait, en se mêlant à la poussière, aidé par le vent.


Quand on marche, surtout avec une chienne blanche mi-ours mi-loup répondant au nom de Lalou, on rencontre toutes sortes de gens. Il y a ce jeune couple avec le Golden Retriever. Il y a cette femme que je croise tous les jours à la même heure. Il y a ce monsieur qui est né et a grandi ici, dans ce quartier, et qui n’en est jamais parti. En l’écoutant, j’ai toujours cette impression fugace et étrange d’avoir connu ces histoires, ces visages, cette humidité. Ça entre en moi, comme ça, comme si je regardais à travers d’autres yeux que les miens. J’aime les gens d’ici.


Un sentiment nouveau me traverse, celui d’aller à la rencontre des autres, de poser les premières pierres de ponts vers eux ; peut-être resteront-ils en chantier, mais cela ne me dérange pas. J’aime cette idée d’insécurité de l’esprit tâtonnant loin de son confort, et c’est vivifiant, d’aller au-devant des autres.


Je vais marcher tous les jours à la même heure. En voyageant, j’ai développé un goût pour les habitudes, pour les rituels qui créent de nouveaux repères. La vie nomade m’a appris que l’esprit a besoin de sortir de sa zone de confort pour s’épanouir mais qu’il faut, en échange, assurer du confort pour le corps, des rythmes, des rituels. Cela nourrit un certain équilibre que j’ai identifié comme m’étant indispensable.


Le soir, avant que le soleil ne se couche et moi aussi, je vais parfois marcher derrière la maison, et le ciel ne s’embrase pas, mais il berce. Je me dis que la douceur est une maison comme une autre, et que j’ai mis longtemps à m’y installer.



1 Comment


Magnifique ✨🙏

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